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Quels sont les germes trouvés dans
les lésions du pied du diabétique?
Par Pierre Dellamonica, maladies
infectieuses, hôpital Archet 06202 Nice Cedex
3.
mal-infectieuses@chu-nice.fr
Objectif : connaître les différents germes infectant
les lésions du pied du diabétique et les traitements associés. Il est
important d'isoler ces germes afin d'adapter l'antibiothérapie qui débute
après un nettoyage chirurgical. Les lésions du pied du diabétique peuvent
avoir des conséquences graves avec à l'extrême une
amputation.
La prévalence et l'incidence des lésions du pied du
diabétique sont mal connues. Une étude américaine rétrospective a observé
une incidence cumulée de 8 % sur 3 ans.
1 L’incidence annuelle est estimée à 6 % dans une étude
suédoise.Z L'amputation est le risque majeur de cette complication du
diabète; c'est un échec de la prévention et du traitement médical
traduisant notamment les difficultés à faire comprendre au patient les
objectifs de prévention. Le contexte psychosocial joue un rôle important,
mais la fréquence de l'amputation selon ce paramètre n'est pas connue. Le
nombre d'amputations est variable selon les pays et dépend de l'efficacité
de la prise en charge. Cette thérapeutique radicale comporte un risque
vital, puisque certains signalent une mortalité péri opératoire de 9 %, 3
voire de 15 % pour d'autres.
4 La survie à 3 ans après amputation varie, selon les pays,
entre 50 et 60 %. Il faut l'interpréter en fonction d'un certain nombre de
comorbidités : l'âge, une maladie vasculaire associée... Habituellement,
ce type de traitement radical survient 10 ans plus tard chez les femmes
que chez les hommes.
INFECTION: DE NOMBREUX GERMES EN
CAUSE
Conséquence d'une lésion souvent minime
L'infection
est habituellement une conséquence plus qu'une cause de la lésion.
La
porte d'entrée des bactéries peut être un traumatisme, même minime. Les
micro-organismes prolifèrent facilement, car la vascularisation est
défectueuse. Cela explique aussi la fréquence des germes
anaérobies.
L'infection peut être superficielle, intéresser les tissus,
ou atteindre l'os sous la forme d'une ostéite associée. Selon son
importance, l'infection retarde la cicatrisation.
Différentes espèces
bactériennes peuvent être isolées, quelle que soit la situation de
l'ulcération. L'ischémie liée à l'atteinte des micro vaisseaux ou des
vaisseaux de moyen calibre crée un terrain propice à la persistance, mais
aussi au développement de certaines espèces. Le rôle colonisant ou
infectant des différentes espèces isolées est mal défini.
L'isolement
des germes nécessite des techniques de qualité
Le diagnostic micro
biologique ne peut être assuré que par des prélèvements profonds. Les
prélèvements superficiels n'ont pas d'intérêt.
Les différentes espèces
bactériennes isolées sont des cocci à Gram positif ou négatif, des
bacilles à Gram positif ou négatif, aérobie ou anaérobie. Le nombre
d'espèces isolées peut être important.
La méthode de prélèvement
nécessite un curetage avec aspiration et détersion des tissus nécrosés, si
possible sous forme de biopsie, bien que l'écouvillonnage donne des
résultats intéressants entre les mains de certains. 5 Cesprélèvements
doivent être adressés rapidement au laboratoire, à moins d'utiliser des
milieux de transport en anaérobiose, pour permettre la survie et
l'isolement des bactéries anaérobies. Tous les tissus doivent être
représentés, car les agents isolés peuvent être différents dans une
culture de tissu et une culture osseuse.
La qualité de la recherche des
anaérobies est importante. 6 Dans les études cliniques, des anaérobies
sont isolés dans 50 % environ des prélèvements; mais si l'étude est
focalisée sur le diagnostic micro biologique et utilise des techniques
performantes, des anaérobies sont isolés dans 75 à 95 % des échantillons.
Le nombre d'espèces bactériennes est compris entre 4,1 et 5,8, dont 1,2 à
2,6 espèces d'anaérobies. Ces derniers sont surtout des Peptostreptococcus
pour les cocci à Gram positif, des Bacteroïdes pour les bacilles à Gram
négatif. Certains signalent des Clostridia.6 Les études micro biologiques
les plus récentes, d'origine indienne et concernant des effectifs
importants de patients, 1 montrent une présence d'anaérobies chez un tiers
des patients.
Les aérobies, de culture plus aisée, sont: des
entérobactéries (48 %), des staphylocoques (28 %), des streptocoques (17
%), des Pseudomonas (17 %).
L'étude de la quantité de bactéries par
gramme de tissu, ou « charge bactérienne », n'a été réalisée que par un
seul auteur. s Elle peut atteindre 106/g. Cet auteur a pu montrer, sur un
très faible effectif de diabétiques ayant des lésions du pied sans tissu
nécrotique, que la rapidité de cicatrisation était inversement
proportionnelle à la charge bactérienne. Le staphylocoque doré est la
bactérie prédominante, notamment en cas d'atteinte osseuse. TRAITEMENT BASÉ SUR LA CHIRURGIE ET
(:ANTIBIOTHÉRAPIE)
Nettoyage chirurgical
L'acte chirurgical a pour objectif l'exérèse des tissus nécrosés et des
fragments osseux séquestrés non vascularisés mais aussi la diminution de
la charge bactérienne. Dans certaines situations évaluées comme
irrécupérables, une amputation partielle est d'emblée nécessaire. Un
certain nombre de traitements associés ont été proposés. Le traitement de
l'ischémie par une revascularisation est indispensable en cas de thrombose
d'un tronc artériel gros ou moyen. Antibiothérapie: en fonction des
germes et de leur localisation Soit le traitement antibiotique est
proposé dès qu'un prélèvement de qualité est réalisé et est adapté
secondairement selon les résultats microbiologiques, soit il est proposé à
la réception des prélèvements. La différence entre ces 2 stratégies n'est
pas évaluée. Les antibiotiques choisis doivent tenir compte du spectre
des bactéries infectantes, conduisant souvent à l'utilisation
d'amoxicilline/inhibiteur de (3B lactamases, associée ou non à une
fluoroquinolone, et éventuellement au métrodinazole ou à la clindamycine.
Dans certains cas d'infection profonde, selon la résistance des germes,
peuvent être utilisés: l'imipénème, la gentamicine, voire les
glycopeptides (vancomycine, teicoplanine), la rifampicine, et plus
récemment le linézolide. En cas d'atteinte osseuse, le choix doit, si
possible, se porter sur des médicaments ayant de bonnes diffusions
osseuses tels la clindamycine, les fluoroquinolones, la rifampicine. Les
glycopeptides ont une diffusion osseuse plus lente et les taux osseux sont
pour l'instant mal établis. 9 Traitements adjuvants: tous n'ont pas
fait leurs preuves
L'oxygénothérapie hyperbare 10.11
est proposée, mais son efficacité n'a jamais été prouvée sur des effectifs
suffisants.
Des facteurs de croissance des polynucléaires (G.CSF)." Une
étude sur 40 patients 13 est en faveur d'une réduction des amputations
dans le groupe traité par G.CSF (263 ùg/jour pendant 21 jours), soit 15 %
contre 45 % ; mais ces résultats ne semblent pas confirmés par une méta
analyse récente. 14 D'autres méthodes augmentant la pression partielle
d'oxygène in situ sont à l'essai. 15
Traitements locaux par topique. Il
n'y a pas de preuve de leur efficacité.
La mobilisation. Par la suite,
la remise en charge du pied se fait sans attendre la cicatrisation totale,
car cela ne serait pas accepté par les patients. La mobilisation permet de
prévenir les thromboses, l'atrophie musculaire et la dépression secondaire
à l'immobilisation. Elle doit toutefois se faire en décharge, et le
patient doit être équipé en ce sens.
La vaccination antitétanique doit
être contrôlée.
Les pansements sont réalisés à base d'antiseptique iodé
ou de chlorhexidine, pour protéger la zone ulcérée de surinfection; des
produits à base d'hydrogel, de colloïde, de films divers peuvent être
utilisés. L’efficacité de ces méthodes, bien que largement répandue, n'est
pas prouvée. CONCLUSION
Il est possible de prévenir la survenue des lésions du
pied du diabétique qui témoignent de l'échec de la prise en charge. Les
bactéries isolées sont nombreuses, mais le rôle de chacune, en tant
qu'agent pathogène, est difficile à établir. Les anaérobies sont à prendre
en compte dans le choix du traitement antibiotique qui commence après un
nettoyage chirurgical pour retirer les tissus nécrosés et réduire la
charge bactérienne. Son efficacité est reconnue. Il est adapté aux
résultats de ces prélèvements. Les autres thérapeutiques sont pour
l'instant discutables. Il serait souhaitable que des centres spécialisés
multidisciplinaires dans cette prise en charge s'organisent:
diabétologues, chirurgiens spécialisés, infectiologues,
éducateurs...
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en résumé
L'apparition d'une lésion au niveau du pied du diabétique traduit une
faillite de la prévention de la survenue de cette complication du diabète
qui malheureusement peut se solder par une amputation dont le risque vital
est loin d'être négligeable. * Le traitement des lésions du pied du
diabétique repose sur un diagnostic microbiologique précis qui ne peut
être réalisé qu'en abordant le foyer chirurgicalement pour réaliser des
biopsies tissulaires et osseuses qui sont confiées à la culture. Le geste
est complété par une exérèse de tous les tissus nécrosés. e Le
traitement antibiotique est adapté sur les bactéries en cause dès
réception des résultats des prélèvements ou peut être débuté de façon
probabiliste mais réadapté secondairement. s Parmi les traitements
adjuvants proposés: oxygénothérapie hyperbare, facteur de croissance des
polynucléaires et topiques locaux n'ont pas fait la preuve de leur
efficacité.
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