L'ossification des os du pied se fait de façon
comparable, en bien des points, à celle des os de la main. Chacune
des phalanges des orteils se développe par deux points d'ossification
: un point primitif diaphysaire, pour le corps et l'extrémité
distale, un point complémentaire proximal pour l'épiphyse.
Comme les métacarpiens, les métatarsiens se développent
également: 10 par un point primitif diaphysaire constituant l'extrémité
antérieure ou distale pour le premier métatarsien et l'extrémité
postérieure ou proximale pour les 2e; 3e, 4e, 5e métatarsiens
; 20 par un point complémentaire épiphysaire qui inversement
est postérieur pour le ter métatarsien et antérieur
pour les quatre autres.
Le 5e métatarsien présente plus souvent que ne le signalent
les anatomistes, semble-t-il, une épiphyse supplémentaire
ou pseudo-épiphyse située au niveau de la face externe de
son extrémité postérieure. En effet sur les radiographies
de pieds d'enfants (13 ans), reproduites sur les pages 171, 173 et 176,
nous avons pu en relever plusieurs cas chez des sujets absolument normaux,
exempts de tout traumatisme antérieur ou de tout, autre trouble.
I1 ne faut donc pas prendre cette pseudo-épiphyse pour un arrachement
ou une fracture parcellaire. On a également signalé une
pseudo-épiphyse ou épiphyse supplémentaire au niveau
de l'extrémité antérieure du ter métatarsien.
,
Les cunéiformes, le cuboïde, le scaphoïde et l'astragale
se développent par un point d'ossification provenant parfois de
la fusion rapide de plusieurs noyaux primitifs (cuboïde, astragale),
sans point complémentaire.
L'osselet supplémentaire, dit os trigone de Bardeleben (signalé
page 180) que l'on observe assez souvent à l'extrémité
postérieure de l'astragale, provient du développement d'un
point, primitif propre (Testut). II en est de même des autres os
surnuméraires tels l'os " tibiale externum, l'os sésamum
péronéum, etc. » décrits par Pfitzner (pages
180?181).
Le calcanéum est le seul des os du tarse possédant. en plus
de son point primitif principal formant tout le corps de l'os, un point
d'ossification complémentaire ou secondaire pour la face postérieure
de l'os et les tubérosités. Ce point complémentaire
calcanéen est, d'après Hovelacque, exceptionnellement unique.
Il est très souvent double et même constitué parfois
par 7 à 8 noyaux de dimensions inégales dont la séparation
cartilagineuse peut être très visible sur les radiographies
de pieds normaux. Il faut donc connaître cette modalité d'ossification
et ne pas l'interpréter comme ayant une origine pathologique. Ces
noyaux fusionnent d'abord entre eux vers 15 ans et parfois plus tôt,
pour former une épiphyse unique qui se soudera elle-même
au corps du calcanéum entre 16 et 20 ans (voir tableau page 152).
Le pied présente d'autre part comme la main, un certain nombre
d'os sésamoïdes en nombre fort variable (voir planche 139).
Deux sont constants, ceux de l'articulation métatarso-phalangienne
du gros orteil, encore appelés simplement sésamoïdes
du gros orteil (l'interne plus gros que l'externe). Ils sont parfois dédoublés
(sésamoïde bipartitum, sub-normal). D'autres sésamoïdes
sont relativement fréquents, un ou deux au niveau de 'l'articulation
métatarso-phalangienne du 5e orteil (dans 5 à 6% des cas),
et un pour le 2e orteil. D'autres enfin, plus rares, sont relevés
sur les schémas de Pfitzner (page 180) avec les os surnuméraires
du pied.
Comme au niveau de la main, les dates d'apparition et le développement
des points d'ossification sont assez variables d'un sujet à un
autre.
Ainsi à la naissance, certains nouveau-nés peuvent ne présenter
aucun point d'ossification au niveau des 4e et 5e orteils, alors que chez
d'autres, les os des 5 orteils seront visibles sur les radiographies.
De même l'apparition des trois cunéiformes peut se faire
dans un ordre variable ; tantôt le 3e cunéiforme sera le
premier visible, c'est le cas le plus fréquent (J. Poulhès),
tantôt ce sera le premier cunéiforme.
Il ne semble donc pas que l'on puisse apporter une grande importance à
cet ordre d'apparition indiquée sur les radiographies.
Enfin certains auteurs, dont Ruth Otis Sawtell, du Bureau Expérimental
d'éducation de New York, ont signalé des irrégularités
temporaires de l'ossification des points épiphysaires des phalanges
et des métatarsiens. Ils ont en effet constaté : deux petits
noyaux opaques séparés au niveau de l'épiphyse de
la première phalange du gros orteil, deux également au niveau
des épiphyses des 2e et 3e métatarsiens, trois noyaux pour
J'épiphyse (postérieure) du ter métatarsien, une
épiphyse supplémentaire au niveau des extrémités
postérieures des 2e et 3e métatarsiens et un point d'ossification
secondaire à l'extrémité antérieure du ter
cunéiforme. C'est dire combien il faut être prudent dans
l'interprétation d'une radiographie de pied d'enfant, et que même
en constatant que 1 radiographie symétrique de l'autre pied ne
montre pas les mêmes images, ne pas oublier que ces petites anomalies
ne sont pas toujours symétriques et par conséquent ne pas
se hâter de conclure à l'existence d'une image pathologique
(The American Journal of Roentgenology, mars 1931).
A titre d'indication, et avec les réserves
précédentes, voici les divers os et stades d'ossification
que l'on pourra observer sur les radiographies aux âges suivants
- A la naissance: les phalanges (les orteils, les métatarsiens,
l'astragale, le calcanéum, souvent le cuboïde
- vers 1 an 1,'2: les mêmes, plus le cuboïde et un oit dette
(les cunéiformes (le 1er et le 3e) et les points épiphysaires
du 'tibia et du péroné.
-Vers 2 ans: les mêmes, plus le second cunéiforme (et plusieurs
points épiphysaires phalangiens).
- Vers 3 ans 1/2 : les mêmes, plus le scaphoïde (et plusieurs
points épiphysaires métatarsiens).
- Vers 7 ans 1/2: les mêmes, plus le point épiphysaire calcanéen
(unique, double ou multiple).
- Vers 16 à 17 ans: soudure du point épiphysaire calcanéen
et parfois soudure des points épiphysaires des phalanges et des
métatarsiens.
- Vers 18 à 19 ans: soudure fréquente des épiphyses
inférieures (Ili tibia et (Ili péroné.
Dates d'apparition et de soudure des points d'ossification
des os du pied et de la région tibio-tarsienne
| OS |
POINTS D'OSSIFICATION |
DATE D'APPARITION |
A LA NAISSANCE |
DATE DE LA SOUDURE |
PARTICULARITÉS |
| Phalanges |
1 point diaphysaire primitif (corps et extrémité
antérieure). |
1ère moitié du 2ème mois
i.u (Testut). |
Ossifiées (sauf parfois cellesdes 4e
et 5e orteils). |
|
Hovelacque
signale certaines particularitésd'ossificationtrès intéressantes1.
l'ossification des phalanges des orteils commence par celles du gros
orteil, puis celles des 2e et 3e,orteils et enfin plus tardivement,
celles des 4e et 5e orteils, qui peuvent ne s'ossifier qu'après
la naissance.2. les points épiphysaires peuvent apparaître
dans un ordre variable.3. les soudures commencent au niveau des phalangettes,
puisdes phalangineset enfin au niveau des phalanges. |
1 point épiphysaire proximal (pour
extrémitépostérieure). |
3ans ½ à 4 ans |
|
De 13 à 20 ans(parfois 23 ans) |
| Phalangines |
1 . point primitif Diaphysaire,(corps et extrémité
antérieure). |
Vers 4e mois i.u. |
Ossifiées(id.) |
|
| 1 point épiphysaire (proximal). |
.3 ans 1/2 à 4 ans |
|
13 à 20 ans. |
| Phalangettes
|
1 point primitifddiaphysaire,(corps et ext.
ant.) |
Vers 4e mois i.u |
Ossifiées(id.) |
|
| 1 point épiphysaire (proximal). |
3ans ½ à 4 ans |
|
13 à 20 ans |
| SésamoïdesMétatarso
phal du gros orteil |
1 seul point |
Parfois dès 8 ans, plus généralement
entre 12 et 14 ans. |
|
|
Le nombre
dessésamoïdes estinconstant, seulssont constantsceux du
gros orteil. |
| Sésamoïdesdes
2e et 5e orteils . |
.i d |
Entre 15 et 25ans. |
| Métatarsiens
|
1 point primitif diaphysaire (corps et extrémité
ant. pour 1er métat.). Corps etextrémités post.pour
2e, 3e, 4e, 5emétat.). |
Dans l'ordre suivant :2e et 3e-métat.
:9e semaine i. u. 4e et 5e métat.10e semaine i. u.1er métat.
: 11e,12e semaine i.u |
|
Soudure après10 ans, généralement
de 16 à 18 ans. |
Présence nonexceptionnellede pseudo-épiphyse. |
| 1 point épiphysaire : post. Pour le
1er métat. Et ant. pour les 2e,3e, 4e, 5e métat. |
En général visible entre 3 et
4 ans. |
Ossifiés. |
|
Dans un ordre variable. |
| Cunéiformes |
1 seul noyau chaque |
|
|
|
|
| 3e cunéiforme. |
Du 4e au 20e Mois après naissance. |
0 |
Ordre d'apparition inconstant.Le plus précoce est, le 1er C.
pour Testut, et le 3e pour Hovelacque. |
| 1er et 2e cunéiforme. |
Entre 2 et. 3 ans. |
0 |
| Cuboïde |
1 seul point.(souvent plusieursde 2 à
7). |
Vers la naissance ou au cours de la1 ère
année. |
Variable peut être visible. |
|
|
| Scaphoïde . |
1 point. |
Entre 2 et 5 ans |
0 |
|
Entre 2 et 3 ans pour
Hovelacque. |
| Astragale |
1 seul point (parfusion de plusieurspetits
noyaux). |
Vers 7e mois i.u. |
Visible. |
|
A la fin de la1ère
année, tête et corps sont reconnaissables. |
| Calcanéum
. |
1 point primitifou principal. Parfois 2 noyaux. |
5e au 6e mois i.u. |
Visible |
|
Très
souvent 2 points épiphysaires, parfois 7 à 8 qui fusionnent
après 15 ans. |
| 1 point épiphysaire (postérieur)
souvent multiple. |
Entre 7 et 10 ans |
0 |
F. vers 16 ans.
M. vers 20 ans. |
| Tibia |
1 point primitifdiaphysaire |
Vers 9e semaine i.u. |
Presque entièrement ossifié. |
|
Très
développé vers 4 à 5 ans ;ébauche de la
malléole vers 8 à 9 ans.Dans 14% des cas noyau supplémentaire
pourla pointe de la malléole interne(surtout M.). |
| 1 point épiphysaire inférieur.
|
6e au 10e Mois après naissance. |
0 |
Entre 16 et 19ans. |
| Péroné.
|
1 point primitif diaphysaire |
Vers 10e semaine i. u. |
id. Tibia |
|
Pour Testut
35e à 40e jour i. u.et parfois après tibia. |
| 1 point épiphysaire inf.. |
Entre 11e et 18emois |
0 |
Entre 18 et 22ans. |
|