"Le rôle du tibial Postérieur" article de Gilbert LEGRAND

 

Dans les études de podologies on nous apprend que le Tibial Postérieur est le muscle qui forme la voûte plantaire. Chez l’enfant, ce serait le responsable du pseudo pied plat jusqu’à l’acquisition complète de son tonus. Par contre l’hypertonicité (d’origine neurologique ou non) du TP est responsable de pieds creux ce qui paraît être une confirmation supplémentaire. Encore faudrait-il que cette hypertonicité ne concerne que le TP.

Certains disent qu’en cas d’arrachement du TP, le pied s’aplati et d’autre comme STEINDLER montrent que tant que l’aponévrose profonde n’est pas sectionnée, la structure osseuse conserve son cavus jusqu’à une charge de 200 Kg !
VILADOT nous fait remarquer que l’allongement isolé du tendon d’Achille verticalise le calcanéum et augmente le cavus.
Le doute s’est depuis longtemps installé en moi…quant à l’action du TP.
C’est un cours du Professeur RABISCHONG de Montpellier, qui m’a encore plus dérouté.
Son cours de biomécanique commence par une constatation « nous avons le système, mais livré sans mode d’emploi ». Le « créateur » dans son atelier conçoit le système en se fixant un but. Il fabrique et assemble les pièces de ce système pour atteindre son but. Si son but est atteint, il peut dire que son système fonctionne.

Nous nous emparons du système, mais nous n’avons pas le mode d’emploi. Le système tombe en panne et nous voulons le réparer. Il ne nous reste qu’à démonter les pièces de ce système et les analyser pour essayer de comprendre leur fonctionnement, leur rôle et donc leur but.


Si j’étais le créateur (on peut toujours rêver…) et que je veuille fabriquer une voûte plantaire qui ne s’aplatisse pas à la moindre pression, aurais-je choisi d’accrocher un câble élastique sous ou sur ma structure pour conserver une forme hémicoupoïdale ? TP ou TA ??
Me voilà donc devant mon établit en train de fabriquer un pied. J’en suis à la réflexion sur un système d’amortisseur des chocs, des pressions et des irrégularités du sol. Une structure flexible en forme d’arc ferait bien l’affaire avec sa corde élastique qui empêcherait les deux points en appui au sol de trop s’écarter. Mais je n’ai que deux points en appui au sol et ce n’est pas un système qui puisse assurer l’équilibre, alors avec un effort supplémentaire j’imagine une hémi coupole qui est élastique par sa structure médiale en forme d’arc composé de pièces rigides, articulées entre elles et assemblées par des aponévroses profonde, moyenne et superficielle ainsi que des muscles plantaires intrinsèques qui vont jouer le rôle de corde de l’arc, et qui assure mon équilibre par sa base en appui au sol, soit un arc de cercle M1, M2, M3, M4, M5, bord externe, talon. Tout d’abord je fabrique un pilier postérieur calcanéum et astragale, des piliers antérieurs avec une inclinaison dégressive du premier au cinquième et quelques pierres de voûte pour relier tout çà, le cuboïde, le naviculaire et les cunéiformes. Pour mieux assurer la stabilité de mes piliers, je rajoute des butées plus ou moins grosses, les orteils.


Mon but étant de donner la vie à ce système, il faut que j’imagine le moteur mais si le moteur tombe en panne, le système est fichu ! Alors je préfère fabriquer plusieurs petits moteurs qui pourront travailler ensemble, séparément ou en série. Ces moteurs sont placés contre des pièces osseuses sur des surfaces non articulées et séparés entre eux par des aponévroses. Ils vont transmettre leur énergie aux différentes pièces osseuses par l’intermédiaire de câbles coulissants dans des gaines.


Mon premier moteur s’appelle court fléchisseur plantaire et à condition de le brancher sur une petite pile électrique pour lui donner du tonus, il aide bien au maintien du pilier postérieur par rapport aux antérieurs et plutôt que de l’accrocher aux piliers métatarsiens, je vais l’accrocher aux orteils qui pourront se cramponner et jouer un rôle actif.
Pour renforcer ce système et pour enfin faire bouger mon pied, j’invente deux nouveaux moteurs fléchisseurs propre et commun dont les câbles s’accrochent au même endroit et qui donnent une flexion plantaire plus importante des orteils mais une flexion de mauvaise qualité au niveau de la cheville.


J’invente alors un moteur surpuissant copié plus tard pour la fusée « Ariane ». Un moteur central, le soléaire, et ses deux réservoirs de puissance, les gastrocnémiens. Pour ne pas que les orteils restent en flexion plantaire il faut installer des moteurs d’action inverse, extenseurs propre et commun.
Pour relever l’avant pied, j’ai besoin d’un moteur moins puissant que pour relever l’arrière, un jambier antérieur suffira et si j’accroche son câble en dedans d’une pierre de voûte comprise entre deux piliers, c’est ce qui s’appellera « faire d’une pierre deux coups ». Plus tard aussi, les cirques gênés par des poteaux à l’intérieur de leurs chapiteaux, donc sous la structure, adopteront un système de maintient de la toile par des câbles tendus sur la structure.


Je veux maintenant que mon pied puisse basculer en dedans, j’invente des moteurs péroniers dont le câble du long aura un double avantage, soulever le bord externe du pied tout en tirant sur le pilier interne de mon arche pour éviter tout bâillement avec sa pierre de voûte voisine, le premier cunéiforme.


Je veux enfin que mon pied puisse basculer en dehors, le jambier antérieur fait déjà l’affaire, mais risque peut-être d’extraire une pierre de voûte de mon architecture et condamner l’édifice, je lui adjoint un moteur jambier postérieur dont le câble s’accrochera à l’intérieur du naviculaire.
A la réflexion, le risque est le même, extraire un pierre de voûte de l’architecture. Et puis simplement accroché au naviculaire il n’aura qu’un rôle de rotateur interne. Alors je décide d’accrocher ce câble par de multiples expansions qui assureront la cohésion de l’architecture et dont les plus distales favoriseront le mouvement de bascule en supination.
Je ne me casse pas la tête pour le cinquième méta qui assure la stabilité par son appui au sol ni pour le premier déjà pris en charge par le long péronier.


La satisfaction du travail accompli s’empare de moi mais la fatigue aussi. J’emballe le système, je le livre, débrouillez vous avec…et dites « merci mon Dieu » !

Redescendons sur terre. Je ne suis pas le bon Dieu. Tout cela pour dire que je ne suis pas de ceux qui diront que TP = voûte plantaire.

Je suis plutôt enclin à penser que tous les muscles ont leur rôle à jouer dans le maintien de l’architecture en hémi coupole est qu’il s’agit là d’un véritable dénominateur commun. Et que de plus le TP n’a peut-être pas le premier rôle dans l’histoire de la voûte plantaire."

Pour plus d'information sur le travail de Gilbert LEGRAND, visitez le lien suivant:
http://scapho.club.fr/page1.htm

 

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